Bernard Reybier (Fermob) : « le devoir de la transmission »

Bernard Reybier * a connu deux transitions majeures dans sa vie d’entrepreneur : d’une part la reprise de Fermob (Saint-Didier-sur-Chalaronne/Ain) il y a trente ans, qu’il a redressée avant d’en faire une grande marque française de mobilier d’extérieur ; d’autre part, très récemment, la transmission de la société à son fils Baptiste. Deux moments charnières.

En 1989, qu’est-ce qui vous décide à reprendre Fermob ?

Bernard Reybier : Après le Lycée du Parc à Lyon et emlyon, j’ai commencé dans l’export pour une entreprise de l’Ain, avec des voyages en Europe de l’Est et au Proche-Orient ; j’ai poursuivi sept ans dans le marketing chez Black & Decker ; enfin, je suis entré, toujours dans le marketing, au sein du groupe familial, la Fromagerie Reybier. Je suis issu d’une famille d’entrepreneurs. Mes arrière-grand-père, grand-père, père et oncle avaient donné naissance à de belles entreprises dans la fromagerie et la charcuterie. J’ai probablement hérité de cet ADN. Depuis mes années de lycée, j’avais toujours dit que je serais un jour à mon compte. Quand je reprends Fermob, c’est un atelier de ferronnerie d’une quinzaine de personnes qui fabrique quelques modèles de chaises pliantes et de mobilier d’extérieur. Certains ont jugé que j’étais fou de racheter cette petite société en déclin. Mais Fermob avait déjà fait quelques pas avec le designer Pascal Mourgue et j’ai été persuadé que le design serait un pilier stratégique de l’entreprise. Innovation, international et design devaient porter Fermob. Je n’ai pas changé de cap depuis.

Comment se sont passés vos premiers pas chez Fermob ?

Bernard Reybier : J’ai voulu apporter de la confiance, de la fierté et de l’ambition à l’équipe, voir loin et grand. Je leur ai dit : « Nous sommes une entreprise mondiale ! » J’ai recruté un chef d’atelier qui avait dirigé un site de 200 personnes. Les collaborateurs d’alors avaient vu que l’entreprise était en difficulté. Vous savez, les gens de la campagne sont plein de bon sens. Ils ont rapidement senti que le vent pouvait tourner et que c’était positif pour leur travail.

Le rachat en 1999 de notre concurrent Moulin Galland (…) a fait de nous le seul héritier de la chaise métallique « à la française »

Quels ont été les piliers de ces trente années de croissance qui ont fait de Fermob un groupe de 400 personnes ?

Bernard Reybier : L’international, d’abord. Immédiatement, nous sommes allés démarcher en Allemagne et aux États-Unis. Ce sont toujours nos plus gros marchés à l’export. Aux États-Unis, nous avons commencé en Californie en passant par une société de vente par correspondance. Puis, à New  York, une première commande de 300 chaises pour le Bryant Park a débouché plus tard sur des contrats plus importants : nous y avons vendu 12.000 chaises pour Broadway ou encore Times Square ! Autre événement important : le rachat en 1999 de notre concurrent Moulin Galland, une opération qui a fait de nous le seul héritier de la chaise métallique « à la française ». La création et l’innovation ont été aussi à la base de notre succès. J’ai continué à travailler avec Pascal Mourgue qui a contribué au succès de plusieurs modèles. Puis les couleurs ont mis un coup de peps à nos collections. Pour autant, il ne faut pas oublier notre dimension industrielle ! J’ai beaucoup investi dans les traitements anticorrosion, dans l’organisation de la production, etc

Aujourd’hui, c’est l’heure de la transmission. Comment vivez-vous ce moment ?

Bernard Reybier : Rien n’était préétabli. Ma responsabilité était que l’entreprise aille plus loin que moi. J’ai toujours envisagé plusieurs éventualités. La transmission familiale n’était que l’une d’entre elles. J’ai deux filles : l’une est dans le monde du théâtre, l’autre dans le social. Mon fils Baptiste, lui, est entré dans l’entreprise il y a quatorze ans et y a occupé différents postes. Il y a cinq ans, il m’a dit : « Ça m’intéresse de poursuivre l’aventure Fermob. » Notre conseil d’administration a considéré qu’il en avait les capacités. Depuis, il est devenu directeur délégué.

Quelles sont les questions qui se posent, à ce moment-là ?

Bernard Reybier : Il y en a au moins deux : la transmission patrimoniale, qu’il faut anticiper pour que l’acquisition soit rendue possible financièrement ; et la transmission managériale. Sur ce dernier plan, Baptiste est parti avec des atouts : il connaissait déjà tous les clients, il avait un vrai vécu de l’entreprise, depuis longtemps : tout jeune, il a été stagiaire aux expéditions. Tout ça, c’est de l’apprentissage invisible. Il est donc très bien placé pour pérenniser la culture Fermob qui se résume en quelques mots : joie de vivre, attention à l’autre, respect de l’environnement, sensibilité à l’esthétique, créativité et responsabilité.

Quant à vous, allez-vous réussir à « lâcher » prise ?

Bernard Reybier : Je pense. L’abandon de mes responsabilités est un devoir et une joie.

* Bernard Reybier est par ailleurs président de FBN (Family Business Network) Auvergne-Rhône-Alpes.

Cet article a été publié dans le numéro spécial 2500 de Bref Eco.

  • Didier Durand

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