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Les entreprises familiales, discret pilier de l'économie
Capacité à traverser les crises, stabilité de l'emploi, productivité...
L'entreprise familiale, discret pilier de l'économie française
Les sociétés familiales emploient 7 salariés du privé sur 10 et produisent 65 % de la valeur ajoutée en France. En
misant davantage sur le long terme que les boîtes détenues par un actionnariat anonyme, elles contribuent à la
stabilité économique du pays.
Lorsqu'il s'est mis à travailler sur les entreprises familiales, Farid Toubal, professeur d'économie et codirecteur de
la chaire Entreprises familiales de l'université Paris Dauphine-PSL, était «parti avec des gros a priori». Figée dans
le temps, népotique, peu compétitive, l'entreprise souffre d'une image un peu ringarde. Finalement, le chercheur
découvre «un monde dynamique». On connaît les empires
comme la famille Mulliez, Dassault ou encore Bettencourt, mais ces sociétés ne représentent en réalité qu'une
petite partie de ce secteur.
A l'échelle européenne «les entreprises familiales sont plus petites en moyenne [que les entreprises non
familiales, ndlr], mais leur rentabilité reste comparable, voire supérieure dans certains contextes», souligne une
étude publiée par la chaire de Paris Dauphine-PSL, référente sur le sujet. Présentes sur tout le territoire, les
sociétés familiales concentrent 65 % de la valeur ajoutée, 67 % du chiffre d'affaires et 69 % des emplois, selon
une autre analyse de l'université. Dans certains endroits, ces entreprises, piliers de l'économie locale, concentrent
la quasi-totalité des emplois, sans compter la chaîne de sous-traitants qu'elles entretiennent.
«Attachement fort à l'entreprise»
En fouillant dans les données disponibles, en particulier celles issues des déclarations sociales annuelles des
entreprises, Farid Toubal constate que les entreprises familiales ont une part de CDI plus élevée que dans les
sociétés non familiales. Globalement, elles contribuent à la stabilité économique du pays. «Ce qui différencie les
entreprises familiales des autres, c'est leur capacité à traverser les crises, comme le Covid, en misant sur le long
terme, et une aversion à un endettement trop important», analyse Philippe Grodner, du président du Family
Business Network France. Ainsi, «la remontée des taux liée à la guerre en Iran et la crise pétrolière les affecteront
moins puisqu'elles sont moins endettées». Ces sociétés sont aussi particulièrement réticentes à licencier. «C'est
vraiment en dernier recours», précise Philippe Grodner. Elles ont bien souvent conscience de leur «responsabilité
sociale», explique Rania Labaki, professeure titulaire de finance et d'entreprise familiale, directeur de la chaire
d'entreprise familiale de l'Edhec.
De leur côté, les salariés montrent souvent «un attachement fort à l'entreprise» et développent ce que Rania
Labaki décrit comme «une propriété psychologique». «Cela contribue aux performances de la société»,
ajoute-t-elle. «Malgré des salaires moyens plus bas, les entreprises familiales montrent une forte productivité
dans les entreprises non cotées et une meilleure efficacité des actifs», écrit Farid Toubal dans une étude sur le
sujet signée avec Edith Ginglinger.
Par ailleurs, les salariés sont proportionnellement moins absents. «La littérature sur le sujet montre que les
conditions de travail sont meilleures», ajoute-t-il. En revanche, les syndicats restent souvent à la porte des
négociations internes. «Ils disent : je fais mieux que le Code du travail et que la convention collective, je me
débrouille tout seul», observe Claude Bacca chez Force ouvrière.
Un défi de taille attend toutefois les entreprises familiales. Avec un dirigeant de PME et d'ETI familiale sur quatre
ayant plus de 60 ans, une entreprise sur deux sera confrontée à l'épineuse question de la transmission d'ici dix ans. «Cela concerne plus de 3 millions de salariés», a déclaré récemment le ministre des PME, Serge Papin, qui présentera le 23 avril un plan destiné à faciliter ces transmissions. Alors que le pacte Dutreil, cet avantage fiscal
qui réduit les droits de succession sur la transmission d'entreprise, a été étrillé par la Cour des comptes fin 2025
qui a pointé ses nombreux dévoiements, le gouvernement réfléchit à un «pacte Dutreil salariés» qui favoriserait la
fiscalité en cas de transmission aux salariés.
